TOMASI (H.)

TOMASI (H.)
TOMASI (H.)

TOMASI HENRI (1901-1971)

Compositeur et chef d’orchestre français d’origine corse né à Marseille, Henri Tomasi est mort à Paris. Ses études musicales commencées dans sa ville natale se poursuivirent au Conservatoire national de musique de Paris, avec les maîtres G. Caussade (fugue), P. Vidal (composition), V. d’Indy et P. Gaubert (direction d’orchestre), pour s’achever en 1927 avec un grand prix de Rome et le premier prix de direction d’orchestre à l’unanimité. Il reçut d’autres distinctions: le prix Halphen (1926), le grand prix de la musique française (S.A.C.E.M., 1952), le grand prix musical de la Ville de Paris (1960). H. Tomasi fut l’un des membres du groupe Le Triton (1922). Il fut l’époux de la dessinatrice et peintre Odette Camp.

Sa carrière de chef d’orchestre, qu’il abandonna vers 1955 afin de se consacrer totalement à la composition, fut brillante. Il l’inaugura aux «Concerts du Journal» et dans l’une des premières stations de radiodiffusion créées en France, Radio-Colonial (1931), pour laquelle il écrivit plusieurs pièces radiophoniques. Il dirigea ensuite toutes les grandes formations françaises: concerts Pasdeloup, Poulet, Colonne, Lamoureux, orchestres lyrique et symphonique de la Radio, Orchestre national enfin. Dans l’après-Seconde Guerre mondiale, d’éclatants succès à Monte-Carlo, en Suisse, en Hollande, en Belgique, en Allemagne, entre autres, firent de lui un chef d’envergure européenne, particulièrement apprécié pour son interprétation ardente, inspirée, rigoureuse, d’une musique française qu’il défendait avec prédilection.

Son œuvre est d’une abondance et d’une diversité telles que le critique E. Vuillermoz l’a qualifié de «musicien protéiforme». Il a en effet abordé tous les genres (concertos, poèmes symphoniques, mélodies, ballets, opéras), et les thèmes et les caractères les plus opposés se rencontrent dans ses ouvrages. En outre, dans les dix dernières années de sa vie, il a transformé notablement son écriture, la fragmentant, la dépouillant, l’acérant. S’il a maintenu des affinités avec l’art de Debussy, de Ravel, de Fauré, et même de Puccini, il eut des sources d’inspiration corse, provençale, exotique, grégorienne, et il a emprunté au jazz et au dodécaphonisme. C’est sa seule sensibilité — promue maître d’œuvre — qui assure l’unité et la personnalité d’une musique dont le souffle incontestable est indépendant de tout système. L’art de Tomasi tire sa force de son tempérament de Méditerranéen passionné revendiquant la primauté du «cœur». Il privilégie l’expressivité de la mélodie et la richesse orchestrale. L’intensité des contrastes et des couleurs, l’énergie des rythmes et des mouvements sont recherchées. L’amour du chant et de la danse l’ont particulièrement porté vers le théâtre, mais il marque même ses œuvres symphoniques. Sa musique, qui se fait volontiers l’épouse harmonieuse du verbe, vise à la résonance juste, à une amplification poétique ou dramatique des sensations, des émotions, des significations. Ses œuvres majeures peuvent être classées selon trois thèmes, qui d’ailleurs se mêlent à l’intérieur de plusieurs d’entre elles.

En premier lieu, Le Chant du monde : il est d’une part exaltation dionysiaque, manifeste dans la sensualité, le dynamisme, l’éclat de partitions comme Cyrnos (poème symphonique, 1929), Tam-Tam (poème symphonique, 1931), les Concertos de trompette (1948), de Saxophone (1949), le ballet Jabadao (1959), l’opéra-ballet L’Atlantide (d’après Pierre Benoît, 1951); et d’autre part, chant plus apollinien, évocateur, avec une grande économie de moyens, de «paysages-états d’âme», de subtils «climats sonores». Appartiennent à cette catégorie des mélodies, les Chants laotiens (1933), les Chants de geishas (1935), des Chants corses a cappella (1970), beaucoup d’ouvrage provençaux dont trois contes lyriques d’après Alphonse Daudet, La Chèvre de M. Seguin , La Mort du petit dauphin , M. le sous-préfet aux champs (1963), le Concerto de harpe (Highlands’ Ballad , 1966), et Retour à Tipasa (d’après L’Été d’Albert Camus, 1966) pour récitant, chœur d’hommes et orchestre, hymne à la lumière d’une rare, paradoxale retenue.

Deuxième thème, L’Élévation mystique : la célébration de la transcendance, ou du mystère, a inspiré au compositeur des œuvres d’une grandeur et d’un recueillement authentiquement religieux, notamment les Fanfares liturgiques (ou «symphonie» pour cuivres, 1947), l’opéra Miguel Manara (ou Don Juan mystique, d’après le poète Milosz, 1944), chef-d’œuvre de l’écriture lyrique de Tomasi, Triomphe de Jeanne (d’Arc, 1955, oratorio, texte de P. Soupault), Messe de la Nativité (1960), Semaine sainte à Cuzco (pour trompette et orgue, 1962).

Troisième thème, Le Chant de douleur et d’héroïsme : la souffrance humaine s’exprime dans l’un des premiers poèmes symphoniques (et chorégraphiques), Vocero (déploration et appel à la vengeance de tradition corse, 1932). Noce de cendres (ballet ou suite symphonique, 1952), tableau contre la guerre, conçu à partir de l’enregistrement d’un cœur à l’agonie, contient un hallucinant dies irae disloqué par un rythme de blues. Avec Le Silence de la mer (1959), d’après le récit de Vercors, Tomasi inaugure de nouvelles conceptions, aussi bien scéniques (drame lyrique en un acte pour un chanteur et deux acteurs) que musicales (litotes, tensions, ruptures). L’Éloge de la folie (d’après Érasme, 1965), «jeu satirique, lyrique et chorégraphique» pour trois chanteurs et corps de ballet, se développe sur un tout autre registre: convulsif et paroxystique. Une sorte de sauvagerie d’expression, plus sèche, plus déchirée, caractérise la Symphonie pour le Tiers Monde (1968), le Chant pour le Vietnam (1968), le Concerto de violon (1962), tandis que le Concerto de guitare, à la mémoire d’un poète assassiné, F. G. Lorca (1966), embrasé, pathétique, percutant, est la synthèse et le chef-d’œuvre du «second langage» du compositeur.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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